Parce que, quand y en a marre, y’a Malabar !
Sincèrement, je suis en overdose de tout ce que je vois, de tout ce qui est partagé sur les réseaux sociaux depuis la nuit de vendredi à samedi… Après un état de choc, comme engourdie, j’ai l’impression de pouvoir sentir les prémices d’une récupération physique et émotionnelle qui va prendre un peu de temps…
Toutes ces réactions de haine qui circulent, et que les personnes outrées partagent à nouveau pour les dénoncer, ce qui leur permet d’être vues encore et encore…
Je travaille sur et avec les réseaux sociaux, pas facile facile, donc de m’aménager du temps « déconnecté », malgré moi, les mots « malsains » et les idées reçues me sautent au visage sans préavis…
Heureusement de belles choses émergent et je sais que j’ai raison d’avoir foi en l’humanité !
Mais l’homme, capable du pire comme du meilleur, a aussi une autre faculté, celle de croire que la cause est à l’extérieur… Et le raccourci de pointer du doigt la religion est facile…
Ce n’est pas la religion le problème, c’est ce que les hommes en font… Ce que des tarés pervers et manipulateurs, ayant soif de pouvoir, en font !
Ce qui a transformé ces jeunes hommes en kamikazes capables de tuer autant de personnes de sang froid, ce n’est pas la religion, c’est la manipulation, la perversité dont les humains sont capables d’user à l’égard d’autres êtres humains… Cette perversité existe partout, tout le temps, et croire que ce que nous vivons est dû à la religion, c’est ne pas se responsabiliser sur ce que l’être humain (nous tous) est capable d’être : méchant et cruel.
Cette graine haineuse est en chacun de nous, comme nous sommes dans l’absolu tous porteurs du cancer qui se développera ou pas en fonction de nos conditions de vie. La détresse, la haine, la colère font partie des émotions que nous pouvons utiliser selon les événements. Et parce que nous sommes des humains, nous pouvons faire le choix de nous battre contre « le côté obscur de la force » et choisir d’être heureux… et c’est ce qu’il y a de plus difficile !
J’ai fait ce choix, mais c’est un choix de « riche », un choix que j’ai pu prendre parce que j’ai grandi dans un milieu où, même si tout n’a pas été rose, j’ai appris à réfléchir.
Chez moi, il y avait des livres, on m’emmenait au musée, on écoutait de la musique, j’ai appris la danse, le théâtre et le chant. J’ai fais des émaux, de la musique, de la poterie. J’allais au tennis, à la piscine. J’ai appris à coudre. Je me suis nourrie de tout cela, j’ai développé mon côté créatif, tant intellectuellement que manuellement.
Ce n’est pas la religion qui persuade les jeunes, même de « bonne famille », de faire le djihad, c’est ceux qui les recrutent, ceux qui expliquent par de soi-disant raisons extérieures les raisons de leur mal être.
C’est sur ces bases branlantes qu’est bâtie notre société… « C’est la faute de l’autre… »
Les politiques s’accusent à tour de rôle du malheur de la France, du chômage, de la crise… Et l’on oublie de dire à notre jeunesse que tout est possible, que nous avons, chacun, la capacité de changer le monde, de changer notre monde, au moins chacun dans notre entourage. On n’oublie de dire aux hommes et aux femmes qu’ils ont le pouvoir de changer leur cœur et surtout de croire en eux ! On préfère leur faire bénéficier du minimum vital et leur donner accès à l’alcool afin qu’ils y noient leur détresse, en prenant soin de laisser se répandre des idées nauséabondes, leur faisant croire que, si ils sont dans la misère, c’est que l’on a oublié de fermer nos frontières.
Daech ne fait que se servir de la palette négative des émotions, auxquelles la race humaine est sensible, dans le but de prendre le pouvoir et de s’en mettre plein les fouilles, et certains partis politiques utilisent la même stratégie.
Ce que nous vivons n‘a rien à voir avec la religion mais avec le fait que l’on a oublié de mettre dans nos priorités qu’il n’y a qu’une seule issue positive : la valorisation du potentiel humain et sa force de créativité, et, de donner envie de l’utiliser, non pas contre quelqu’un ou quelque chose, mais pour se réaliser pleinement et aider les autres à faire de même !
Mon grand-père maternel est un enfant de la DDASS, né d’une fille-mère de 19 ans et d’un soldat algérien venu en France pour aider le pays à se reconstruire après 14-18. Jusqu’à 7 ans il n’a parlé que flamand, et ensuite l’école de la République l’a instruit et lui a permis de devenir inspecteur de l’éducation nationale. Il est entré en politique, jusqu’à devenir Président de région. Pourquoi ? Parce qu’on a cru en lui, en son potentiel, en lui donnant envie d’embrasser une mission qui lui permettait d’améliorer le quotidien de ses concitoyens. Par ricochet, j’imagine, il y a en moi cette conviction que l’homme est capable de se dépasser, de se construire à un avenir qui a du sens, à condition d’être encouragé à le faire.
Quand j’étais ado et parisienne, il y a eu les attentats de la rue de Rennes… Daesh n’existait pas… Preuve que la cruauté s’incarne en l’homme facilement comme si la violence et la terreur n’étaient que le seul choix pour « imposer » ses convictions…
Et si nous vivions nos convictions au lieu de vouloir les imposer ?
Voici ce que je partageais sur mon blog, début septembre suite à l’assassinat du fils de l’amoureux de ma petite sœur, Maxime (19 ans) tué par balle – par un homme qui n’est pas djihadiste, ni même religieux, ni même d’origine étrangère – parce qu’il faisait « trop de bruit » en rentrant d’une soirée :
Je l’écrivais sur mon mur Facebook après l’attentat contre Charlie Hebdo «plus que jamais je décide que mes pensées, mes paroles et mes actions contribuent à construire un monde meilleur»…
La mort de Maxime, la mort de cette jeunesse, renforce ma détermination !
Je ne quitterai pas cette terre sans avoir tout fait pour que la Paix ait avancé, plus que la violence… Pour cela, je changerai mon cœur, jour après jour, pour avoir le courage d’encourager le plus grand nombre de personnes à faire de même.
Je refuse de vivre dans la peur.
C’est donc la 3ème fois cette année que je me réengage avec moi-même pour ne pas lâcher cet objectif. 3 fois, en 10 mois, mes proches et moi avons été confrontés à cette insoutenable violence, à tant de morts injustes… Aussi je comprends, je ressens cette douleur… La douleur de toutes ces familles confrontées à la perte d’un enfant, d’une femme, d’un ami, d’un amoureux, d’une sœur… C’est inhumain presque… Et pourtant… Il y a la vie, encore et toujours, malgré tout cela, qui nous demande de ne pas l’oublier, de l’utiliser au mieux, d’être capable de créer de la valeur même après un drame, et qui nous autorise même à transformer l’énergie de ce drame en moteur afin que la mort n’ait pas fauché en vain.
La vie et la mort sont liées, inséparables. La vie est précieuse, la mort douloureuse. Il n’y a rien de plus précieux que la vie. Malheureusement des manipulateurs sont capables de convaincre du contraire… Pour lutter contre ce fléau, qui prend racine dans le dénigrement de soi, il est de notre devoir de chérir la vie, notre vie, comme un trésor précieux et de nous reconnaître en l’autre. Toutes les vies sont précieuses, sans hiérarchie, toutes les victimes du terrorisme, quelque soit le sol où elles sont tombées, ont la même importance.
Parce ce que la barbarie a touché, 2 fois cette année, Paris, symbole de liberté, le monde s’émeut davantage que lorsqu’elle touche un pays où l’on l’horreur sévit plus souvent, voir quotidiennement… Les bombardements d’un côté, les attentats de l’autre… La violence appelle la violence, et se renforce comme si un retour en arrière était impossible…
Je veux croire que l’issue positive est possible. Je veux croire que nous pouvons prendre conscience de notre interdépendance. Je veux croire que nous pouvons enfin comprendre la loi de la vie et reconnaître que chaque acte à des conséquences, des répercussions…
Il ne tient qu’à nous d’agir en conséquence pour que dorénavant, les répercussions soient, en grande majorité, positives et de décider d’en prendre pleinement la responsabilité !




















